Plantes "à basse-cour"

Ya che

yâche

nom latin : Sonchus oleraceus

nom français : laiteron des maraichers

autres noms en Bourgogne : "Dictionnaire du patois de Mancey" :

laituchan (nom latin précisé), peut-être liâche (nom latin non précisé). Il est possible que le nom g(r)ouin d'âne, relevé en côte chalonnaise, s'applique aussi à cette plante. Un peu au nord de chez nous, Taverdet a relevé yarj.

noms donnés dans d'autres régions laite, lade, laidi, liétron, iétron, véteron, lasseron, lancheron, lachotte, largeute, loceron, lotujon, loche, lacheron, laitue de lièvre, lait-d'âne, gras-de-lard, palais-de-lièvre

 

A propos de la plante

Il s'agit de la plus rudérale de la série (plante rudérale : très liée à l'activité humaine, ne pousse que près des habitations, dans les décombres, …). Elle est également adventice des cultures, mais plutôt moins gênante dans la région que l'espèce suivante. La tige est creuse, la cassure laisse échapper du lait, d'où la plupart des noms. Très variable en forme et en couleur (chez nous elle est quand même à tendance rouge), elle peut aussi bien avoir 20 cm de haut que 1 m. C'est la spécialiste du "coin de mur" comme le montre la photo, et finalement on ne la trouve pas si souvent fleurie car le cantonnier est passé avant !

C'est une annuelle : elle se re-sème chaque année.

Si le plante a un nom, c'est qu'elle avait son utilité ; la donnait-on aux lapins ?

 

A propos du nom

Le nom est le plus souvent utilisé au pluriel : des yâches. Le féminin la yâche n'est donc pas une certitude.

 

Pour le nom de cette plante, je fais confiance à la mémoire d'une femme, qui m'a précisément montré celle-là, et pas une autre.

 

Un linguiste nous dira un jour s'il est normal de retrouver un  filiation entre laiteron et lacheron ; personnellement et de manière intuitive, je pense que oui, le c qui est contenu dans la racine latine LACT (le lait) amènant d'un côté à LACTURON --> LATTERON --> LAITERON et de l'autre à LACHERON --> LIACHERON --> LIÂCHE --> YÂCHE.

 

Le nom g(r)ouin d'âne (comprendre "groin d'âne) est une référence à la forme de la "fleur" (je mets entre parenthèse car il s'agit en fait d'un capitule de petites fleurs serrées les unes contre les autres, caractéristique de la famille des astéracées, qu'on appelait avant les composées), qui permet de différencier cette plante d'autres plantes dont la fleur est de type "pissenlit" : la fleur fanée se resserre sur elle-même en forme de museau (voir aussi dans l'onglet "schéma") :

Gouin d a ne
Groin d a ne

Confusions possibles

Tout ce groupe de plantes est un casse-tête, que ce soit maintenant comme il y a cent ans ; les confusions sont donc inévitables, et il n'y a aucune certitude sur le sens de yâche, qui pourrait tout aussi bien être la plante suivante.

 

Cependant, le fait que la plante donne du lait à la cassure et que la confusion avec un  pissenlit (qui donne du lait aussi) est impossible au vu de la forme générale de la plante, nous admettrons ici que la confusion ne reste qu'entre deux espèces : Sonchus oleraceus et Sonchus asper.

Charles Millot cite pour Mancey la liâche peunarde, c'est à dire le "laiteron puant" comme étant Lactuca serriola (voir plus loin). Effectivement, et j'ai appris quelque chose, la cassure de la tige déjà âgée dégage une odeur fétide très tenace. Cela pourrait aussi être Lactusa virosa, "herbe aux eunuques".

 

Le nom laiteron (et ses dérivés) a été appliqué à un autre groupe de plantes très différentes : les euphorbes, qui donnent aussi du lait à la cassure. Quiconque s'intéresse un peu aux plantes ne confondra jamais les deux groupes. On trouve dans un recueil sur le patois de Chalon-Verdun (à 20-30 km de là) :

Laitusson euphorbe

Touvé sur internet une définition de tithymale : il s'agirait notamment des espèces suivantes : euphorbe cyprès et euphorbe exiguë.

Euphorbe exigue

Quand au nom gouin d'âne, rien n'est sûr, car le "Dictionnaire du patois de Mancey" précisequ'on le consomme parfois en salade.

La forme "en groin d'âne" existe aussi pour les fleurs de la laitue sauvage, ancêtre de presque toutes nos salades actuelles (laitue, batavia, scarole …). Il est donc possible que le terme générique englobe aussi l'espèce ci-contre, Lactuca scariola, très proche botaniquement, qui se reconnait aux petites épines sous la nervure centrale des feuilles.

Laitue

nom latin : Lactuca scariola (ou serriola)

nom français : laitue sauvage

autres noms en Bourgogne : Il est possible que le nom gouin d'âne, relevé en côte chalonnaise, s'applique aussi à cette plante.

noms donnés dans d'autres régions : tous les noms des laiterons peuvent éventuellement s'appliquer ici, la confusion est totale

Ala gre 1

alâgre

nom latin : Sonchus asper

nom français : laiteron rude

noms donnés dans d'autres régions : tous les noms de la plante précédente car la confusion est totale.

A propos de la plante

Il s'agit aussi d'une rudérale, mais moins nettement que la précédente : elle affectionne aussi les talus, et elle est beaucoup plus présente comme adventice dans les vignes, où c'est sa capacité de pousse extrêmement rapide qui peut être embarrassante : un mètre en un mois, en mai ! sa grosse tige creuse casse facilement, mais le personnel, jambes nues à cette époque, vite irritées par le contact répété, a vite fait de railler le patron pour ses vignes "sales".

C'est une annuelle : elle se re-sème chaque année.

 

Les feuilles sont brillantes, comme vernissées.

 

Utilisation : le glossaire du patois de Culles-les-Roches précise que les oies étaient particulièrement friandes des alâgres. Les oies sont parties … les laiterons sont restés !

A propos du nom

Nom masculin ou féminin ? on élude en disant de toute façon à chaque fois des alâgres.

 

Aucune référence trouvée ailleurs, il s'agit d'un pur produit de la côte chalonnaise. Entendu dans la "montagne" (Culles, Fley).

 

Explication possible, en essayant toujours d'aller au plus simple, et en s'aidant des références d'autres régions :

racine LACT- = lait --> LACTERON --> LAGUERON --> LAGRON --> LAGRE --> LA LAGRE --> L'ALAGRE --> LES ALAGRES

Crepis 1

crôpe

nom latin : Picris hieracioides

nom français : picride fausse-éperviaire

 

Leontodon

nom latin : Leontodon hispidus

nom français : liondent hispide

Pissenlit

nom latin : Taraxacum officinale

nom français : pissenlit, dent-de-lion

en Bourgogne : "Dictionnaire du patois de Mancey" : de la crôpe (précisé : "et non des crôpes")

dans d'autres régions : Lyonnais : cropette. Beaujolais-Maconnais : crêpe. Gâtinais : acropi

A propos de la plante

La confusion est extrême sur le contenu à mettre sur le nom de crôpe. Si dans bien d'autres régions, il semblerait que cela soit le pissenlit, ici la majorité des personnes interrogées m'a affirmé que les crôpes ne sont pas des pissenlits ; il s'agit d'une plante qui lui ressemble. Les plantes présentées ici ont toutes des fleurs de type "pissenlit". Un couple âgé m'a affirmé que c'était le pissenlit, et qu'on en mangeait. On m'a montré deux fois la picride comme étant de la crôpe.

Usages relevés chez les personnes interrogées :

• certaines personnes en mangent ; elles disent que c'est encore plus amer que le pissenlit, ce qui pourrait aussi faire penser à la laitue sauvage.

• on en donne aux lapins au printemps, quand il n'y a pas grand chose d'autre encore qui a poussé.

 

Il s'agit donc de ce que j'appelle une "plante claque-bitou", du nom d'un fromage frais bourguignon qui a autant de définitions que de villages, voire de familles. J'ai malgré tout une nette préférence pour la picride, dont l'ancien nom scientifique était CREPIS, avant de passer à PICRIS.

 

Pour faire la différence entre les trois plantes :

1-la picride (du moins cette espèce) est une bisannuelle : la première année, elle forme une rosette touffue aux feuilles nettement ondulées et rêches ; la deuxième année, elle monte en fleurs, avec une tige d'environ 1 cm de diamètre, qui porte à l'extrémité plusieurs "fleurs", qui en fânant feront des "groins d'âne". A mon avis elle est trop rêche et poilue pour être consommée en salade, mais il est dit sur Wikipedia : "Son goût tendant vers le sucré facilité son usage. Elle peut s'utiliser seule ou accompagnée d'autres plantes spontanées. Si les feuilles sont excessivement duveteuses, on pourra les faire bouillir avec des patates ou sauter à la poêle.

2- le liondent hispide est une plante vivace (elle revient tous les ans à la même place) ; ce n'est pas une plante rudérale, mais on peut la trouver dans les bords de chemins comme la précédente ; pas de lait à la cassure ; feuilles très similaires à celles du pissenlit, en moins dentées ; "fleur" très similaire aux pissenlits, mais ne donne pas quand elle fane la boule de petites graines "en parachute" caractéristique des pissenlits ; tige florale fine et non creuse, pouvant porter quelques "fleurs". Je ne vois pas la possibilité qu'on puisse consommer cette plante, mais pour les lapins, oui.

3- le pissenlit peut poser problème aux herboristes débutants, car il est extrêmement variable en taille et forme (de la petite rosette de 10 cm plaquée au sol et rude, jusqu'à la plante aux longues feuilles molles et dressées de 30 cm de long). La "fleur" est unique au bout de la tige, et cette tige, creuse, ne porte aucune feuille. La cassure donne du lait. Toutes les feuilles partent du même point, à la base. C'est une plante vivace, qui se trouve absolument partout, dans tous les milieux. Beaucoup de personnes la mangent quand elle est jeune, certains mangent la racine.

A propos du nom

Chez nous, on dit le plus souvent des crôpes, mais on entend aussi de la crôpe.

La présence de crêpe (beaujolais) proche du crôpe (Maconnais-Chalonnais) nous amène à penser à un dérivé de l'ancien adjectif CRESP qui signifiait "ondulé", du latin CRISPUS "crépu", mais également proche d'une racine cetique similaire (Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey).

L'étymologie nous fait nettement pencher vers le Crepis (nom français crépide) qui signifie la même chose (feuilles à bord ondulé). La prononciation avec un ô long est plus proche que le français de l'origine du nom.

 

CRISPUS --> CRESP --> CRÊPE --> CRÔPE

 

Un botaniste du mâconnais écrit krop et le fait dériver de l'allemand kropf = laitue, herbe comestible.

Feuille crepis
Minette

trouillo, troyo

nom latin : Medicago lupulina

nom français : minette

noms donnés dans d'autres régions : loliot

Tre fle blanc

nom latin : Trifolium repens

nom français : trèfle blanc, trèfle rampant

autres noms des trèfles en général, en Bourgogne : Nièvre : trulot. Charollais : triolet. Yonne : trioulot. Morvan : trouillot.

noms similaires donnés aux trèfles dans d'autres régions : troubiot, trioulet, truot, trouillet, troille

A propos de la plante

Du sens "trèfle en général", le mot est passé dans notre région à "trèfle bas", bas étant compris à la fois comme la taille de la plante (plante rampante) et comme la place dans la hiérarchie de l'utilité :  le nom français trèfle est réservé au "bon" trèfle, le trèfle rose, qui est cultivé. Le trouillot est selon les gens soit le trèfle rampant, soit la minette, deux plantes qui peuvent servir à nourrir les lapins, mais dont on se passerait bien quand même : ce sont aussi des adventices assez mauvaises : le trèfle rampant a un enracinement indestructible et la minette pouvait dans certaines conditions monter assez haut dans les foins et faire des filaments tenaces et enchevêtrés qui bloquaient l'avancée de la faucheuse quand elle était encore à lames cisaillantes.

Nous sommes donc encore ici dans une "plante claque-bitou".

A noter que l'Atlas linguistique de Taverdet mentionne trouillot pour le trèfle blanc, mais la minette n'a pas fait l'objet d'un questionnaire ; le trèfle blanc se nomme sainfoin blanc dans le Brionnais, trillolet en Bresse. Le trèfle rose s'appelle souvent trouillot rouge, mais pas chez nous.

Pour faire la différence entre un trèfle et une luzerne, qui sont très proches botaniquement : les luzernes ont un fruit spiralé.

Fleur minette
Fruits minette
Fleur de tre fle blanc
 

Fleurs de minette

Fruits de minette

Fleurs de trèfle blanc

A propos du nom

L'étymologie du nom est clairement la présence des feuilles à trois folioles chez les trèfles et les luzernes.

 

En Saône-et-Loire, on joue beaucoup au tarot ; certaines traditions y sont conservées, comme celle de "jouer du treuyo" pour jouer du trèfle.

 

Peut-être la plante est-elle à l'origine du nom de famille TROUILLOT qui se trouve essentiellement dans l'est de la France ?

Plantain 200

pianta, piantin

nom latin : Plantago major

nom français : grand plantain

On donnait les épis de plantain à manger aux oiseaux d'agrément (dans les cages).

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