Méthodologie, sources

L'orthographe

Ecrire une langue orale pose toujours des problèmes. On pourrait utiliser le système de codification international des sons, ce qui rendrait la lecture parfois épouvantable ; comme tous les autres avant moi, j'ai donc opté pour une écriture "populaire" qui utilise les codes du français ; parfois, pour être sûr d'être bien lu, j'ai redoublé l'écriture : "trouillo, troyo". Comme en français, le e final est muet, : "cou d'rate" = koudratt"; ou se prononce comme en français, et non oü, etc…

eu se prononce comme dans beurre ;  se prononce comme dans feuille (hihi, piège !! chez nous on prononce feûille) ; je recommence : se prononce comme dans les œufs.

 

J'insiste un peu lourdement sur la question, car je suis tombé sur un nom que Charles Millot écrit, dans son "Dictionnaire du patois de Mancey" : bégint. Pourquoi a-t-il placé un t final ? Faut-il le prononcer ou non ? J'avais commencé à écrire pavot ; je me suis repris, et j'ai re-transcrit pavo.

Les noms retenus : question des échanges entre patois et français

Les patois et le français ont été de tout temps en évolution par échanges mutuels : le français s'est construit à partir des patois, et les patois ont intégré des mots du français, les déformant parfois dans leur sonorité pour les rendre plus conformes aux habitudes. Les échanges dans ce sens peuvent être difficiles à cerner. Le nom ravenale est à mon avis un emprunt assez tardif au français "ravenelle", mais peut-être sa généralisation s'est-elle appuyée sur un patois plus ancien (il existe un ravônée qui peut s'appliquer à la même plante).

La "re-patoi-isation" peut parfois prêter à sourire : la chélidoine possède partout en France des noms patois qui font référence à la propriété qui était autrefois donnée à la plante de soigner l'obscurcissement de la vision (cataracte …), avec la racine "éclair-" (claire, éclaire, herbe aux clercs …) ; en Saône-et-Loire, il a été cité une fois le nom de herbe aux élides, ce qui signifie en patois "herbe aux éclairs" (au sens d'orage) ("Atlas linguistique …" Gérard Taverdet).

Comme mon parti-pris n'est pas de faire un recueil de tous les noms de plantes, mais bien de faire acte de mémoire sur un patrimoine (à la fois linguistique et botanique) qui risque d'être perdu, je me suis retrouvé devant la difficulté de noms locaux très proches du français : les répertorier ou pas ? Pour beaucoup, je ne les ai pas pris en compte : je n'ai pas retenu miguet pour le français actuel "muguet", moron pour "mouron", etc. J'ai par contre retenu pas-d'âne, nom qui existe dans toutes les flores pour nommer le tussilage, parce qu'au vu des noms donnés ailleurs en France et à l'étranger, c'est le français qui semble avoir pris le mot régional plutôt que l'inverse ; c'est donc à partir de la bibliographie que j'ai choisi de garder certains noms, qui semblent pourtant très français ; au début, je ne pensais certainement pas faire figurer le nom balè (balai) comme nom du genêt à balais, l'emprunt imagé au français paraissant sauter aux yeux … jusqu'à ce que j'apprenne l'étymologie du nom "balai".

sources

Ce travail aurait été très difficile sans l' "Atlas de la flore sauvage de Bourgogne", une publication scientifique du Museum National d'Histoire Naturelle.

 

L' "Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne" de Gérard Taverdet est une somme de travail inouïe : il indique sur des cartes les noms patois sur des centaines et des centaines d'entrées (noms communs, adjectifs, parfois des expressions …). En ce qui concerne les plantes, c'est un travail de linguiste, pas de botaniste, et il y a parfois des approximations. A moi d'essayer de les contourner !

 

C'est dans "Les patois de Saône-et-Loire / vocabulaire de la Bourgogne du sud" de Gérard Taverdet (Ed. Association Bourguignonne de dialectologie et d'onomastique, 1981) que l'on trouve le meilleur travail sur les racines des mots patois.

 

Voir dans l'onglet "liens" les ouvrages consultables sur internet. Je cite ici un ouvrage très intéressant qui ne peut pas se consulter sur internet, uniquement en bibliothèque : "Les patois de la région de Tournus - les travaux de la campagne" de M.A. Robert-Juret, 1931.

 

Je me suis beaucoup appuyé sur le "Dictionnaire historique de la langue française" d'Alain Rey.

 

La "Flore populaire, ou histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec la linguistique et le folklore" d'Eugène Rolland, 11 tomes, 1914, ré-édité par Maisonneuve et Larose, est une somme de travail incomparable, mais tellement fournie qu'elle devient vite fastidieuse à consulter ; il faut réserver la lecture à quelques noms précis sur lesquels on veut plus de renseignements.  Il s'agit d'une compilation, pour des centaines d'espèces de plantes, de noms régionaux et étrangers. Si l'ouvrage n'apporte rien sur les noms trouvés en Saône-et-Loire, il permet pas contre de faire des rapprochements, des filiations quant à leur origine. Il permet par exemple de retrouver l'origine de tartevale : du latin "linum tartarale" ; de voir la filiation entre pilminette et le français "épine-vinette" … L'ouvrage contient également des informations précieuses sur des usages et des croyances anciens.

Le travail d'Eugène Rolland est actuellement repris à la puissance dix et sous forme numérique par Roland Mogn, assisté de Gwennolé Ar Menn et de Claude Figureau. Elle m'a permis de trouver certains chaînons manquants dans l'origine de noms de plantes. C'est une somme de travail époustouflante et une richesse incomparable ! (voir liens).